J'aurais pu jurer de ne pas l'avoir touché. Ne pas l'avoir approché, ne pas l'avoir regardé. J'aurais pu, tu vois. J'aurais fait semblant de ne pas l'avoir connu. Feint de n'avoir jamais vu son visage. J'aurais même pu être étonnée d'entendre parler de lui. Faire croire que tout ça me choquait. J'aurais pu paraître sensible, me mettre à pleurer comme une veuve éplorée. J'aurais pu être comme ces filles à papa, à geindre & à critiquer ses gestes. Au lieu d'être dure & sèche comme la terre. Au lieu de jouer l'aventurière. Mais à quoi bon ? Tu sais, j'aurai pu ne jamais lui dire que je l'aimais. J'aurais même dû repartir ce jour, tête baissée, yeux fatigués. Plutôt que de le suivre comme une gamine naïve. Dans sa voiture toute cabossée. A 120 kilomètres/heure. C'est vrai, je ne savais rien de lui. & C'était ça qui était excitant et jouissif finalement. Peut-être que ces grands yeux noirs n'étaient rien d'autre qu'un leurre. Alors, il est évident que je suis leurrée jusqu'à la moelle. Mais ça m'indiffère. J'ai vécu les plus beaux jours de ma vie. En sa compagnie. Dans ses bras. Bercée par sa voix grave. Déshabillée par ses yeux noirs. Aujourd'hui, je récolte ce que j'ai semé : un tas d'emmerdes. Pas autant que lui, sûr. Moi, une criminelle ? Jamais. Amoureuse d'un fugitif ? Sûrement. Tu vois, je m'en fiche. Ils sont venus me chercher. Sais-je où il est ? Non. On m'emmène. Je ne dis rien, brave les regards de ces pauvres filles, bourgeoises jusqu'au fond d'leur culotte. J'aurais au moins la fierté de rester fidèle à mes sentiments. Pas plus, pas moins. Juste fidèle à mes sentiments. Peut-être pour un connard, un criminel, un réprimé. Mais au moins, fidèle jusqu'au bout. Souvent, vous oubliez, bande de craintifs & de lâches, que la fidélité - quelle qu'elle soit - est une marque indélébile de votre sincérité. Ou au moins, de votre respect. Mon erreur , avoir ouvert mon coeur mais est ce réellment une erreur ?